Samedi 25 avril, le matin, à partir de 10HRE30
LA MALLE AUX HISTOIRES
Avenue Jean Lolive
Métro HOCHE, 93500 PANTIN
http://www.manuscrit.com/Article.aspx?id=4780
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Samedi 25 avril, le matin, à partir de 10HRE30
LA MALLE AUX HISTOIRES
Avenue Jean Lolive
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édité et disponible au manuscrit.com
| Par | Philippe sur la Loire "pas sans cesse" (France) - Voir tous mes commentaires |
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Et bonjour l'ambiance. Dans cet antre de l'amitié braque et des blattes, on retrouve les SDF de la dernière fois. Ils sont trois. Nanard le cromagnon hirsute et poète à ses heures, Dédé les gros bras, le grand costaud au foulard sur la tête façon ghetto et Filou le p'tit futé à la boucle d'oreille et au bracelet clouté, le marginal pur et dur. Un ancien de la légion… Habitués de la première et dernière heure, il font tous les jours l’ouverture et la fermeture de ce bar réputé, à tort ou à raison, mal famé par les gens du quartier.
C’est l’heure où Nanard fait mine de chercher ses rimes, affalés au comptoir, l’heure chelou entre chiens et loups où Dédé et Filou se raccrochent comme lui au zinc. Au hit panade des vannes grasses en veux tu, tant pis en vla, entre les trois alcoolytes y’a pas de doublure. Les pires grossièretés partent aussi parfois et s’envolent aussitôt en fumée, un peu comme un brouillard qui vadrouillerait dans les idées. Tant que les mots ne les éloignent pas trop du rêve, ils sont contents comme ça. Pour le moment, il s’agitent moderato, mais ils faut s’attendre que d’un instant à l’autre,ils s‘agrippent par le paletot en se traitant de tous les noms d‘oiseaux. Alors Méméne la patronne, elle est obligée d’entendre des choses qu’en choqueraient plus d’un, et, en plus, d’attendre, tout en astiquant mollement son percolateur qui brille à force, comme un sous neuf. Mais c’est à la manière qu’elle a de passer sa peau de chamois, dans le brouhaha lancinant des mots, que l’on saisit la bizarrerie et l’inquiétude des existences aux lendemains gris d’incertitude.
Si les choses de la vie étaient affaire de logique, ça se saurait. La vie souffle le chaud et le froid, imprévisible comme la météo. C’est bien connu, y’a plus de saison. La preuve que le monde ne tourne pas rond. Rien de nouveau, en fait. Sauf peut-être, cette atmosphère glauque qui colle aux carreaux comme la boue et le sang séché aux godillots du p’tit futé. Combien de fois ce dernier s’est-il vanté d’avoir des cadavres sous les semelles ? Déjà que la Méméne, c’est une écorchée vive de la trouille, du coup cette image là, épouvantable, il faudrait l’enterrer profond avec plein de terre dessus.
Faut dire aussi que, dehors, la rue entr’aperçue à la lueur blafarde des réverbères ne montre plus que les ombres rampantes des arbres. Pas âme qui vive, pas un chat de gouttière sur le trottoir tapissé de feuilles mortes d’où monte cette brume épaisse qui remplit le paysage d’une indicible angoisse. C’est net que la Méméne, elle tire la tronche, elle moufte pas… Si il existe un truc au monde où il faut jamais, au grand jamais fourrer son nez ce sont ces histoires là qui puent. Mais elle est curieuse, elle aimerait tout savoir quand même. Oh, elle a bien son idée, malgré tout, que les gens ils transforment la vie des autres en ragots, pour que ces ragots cachent leur vie à eux. Et qu’ils sont pas capables pour autant de se mettre d’accord sur un truc aussi normal que la présomption d’innocence. N’empêche que les mots ils tombent pas dans l’oreille d’une sourde, quand tout à coup, le Nanard semble avoir perdu le fil
-Si ça continue j’vais en prendre un pour péter la gueule à l’autre, qu’il expectore en se grattant le crâne.
Ousqu’il en était déjà avec son « évanescente beauté d’une pâleur spectrale » ? Y’a que les mots, décidemment pour mêler la poésie à toute cette merde.
-y peut dire c’qu’y veut le Nanard, l’avait pas l’air net la gonzesse. Qu’est-ce t’en penses, toi Filou?
-C’que j’en pense, j’l’ai dit aux gendarmes. A sa façon de mater le mec au T-shirt blanc, j’ai tout d’suite vu qu’elle était accro à la testostérone. Les chaudasses, tu les reconnais rien qu‘à leur regard qui appelle l‘extincteur. M’enfin courir comme ça derrière ce type, qu‘elle…
-Putain, les mecs ! La morte du bois, vous savez même pas si c’est cette fille-là. Vous l’avez reconnue sur la photo du journal ? Moi pas ! Celle qu’est rentrée là, affolée comme si elle avait le diable aux trousses, elle était pas maquillée, bon sang ! Alors que l’autre, la morte du bois, on voyait que sa, son rouge à lèvre baveux et son rimmel dégoulinant.
A chaque mot graillonnant, le ton monte allegro. Cette sombre histoire qui enflamme les esprits encore une fois, c’est toujours la même depuis plus d’une dizaine de jours. Tout ça parce que ce fait divers qui a secoué et secoue encore la ville entière, coïncide avec la disparition du mec au T-shirt blanc
- Et tu trouves pas ça bizarre, toi Nanard ? Tous les matins à la même heure pendant un mois, il est venu boire son kawa ici. Et vla que du jour au lendemain, on le voit plus nulle part.
-Avec son portrait robot qu’est affiché partout, si vous le voyez plus, c’est qu’vous êtes mirrots les gars, qu’elle les coupe d‘une voix pointue, la Mémène.
Au fond, elle y’a jamais cru à la culpabilité de son client. D’ailleurs lorsqu’ils ont sollicité son conseil, elle leur a dit au p’tit futé et à Dédé les gros bras que, quand bien même il y aurait quelque chose d’insolite dans cette disparition, c’était pas une raison, pour se présenter spontanément à la gendarmerie; qu’à leur place, elle se mêlerait pas d’ça… Ah que non ! Merde alors ! D’avoir fait d’un innocent un suspect n°1, y’en a qu’un qu’ça arrange bien. Le vrai coupable qu’assassinera aussi vite ailleurs qu’ici. C’est écrit d’avance, et comme ça qu’elle sent les choses, elle, la patronne du Nemrod.
A force qu’elle arrête pas de se monter le mou, toute seule dans son coin, elle a plus du tout de doute là-dessus. Pendant qu’elle fait semblant d’astiquer son percolateur, elle l’observe à la dérobée le Filou, et en fin de compte, maintenant on sait pourquoi elle est pas engageante à son endroit. Elle a rien contre les SDF, la Mémène. Elle stigmatise pas non plus sur la légion C’est juste qu’elle a, à présent, toutes les raisons de croire que le p’tit futé est l’auteur de ce crime qu‘elle juge ignominieux.
Mouais… mais alors cette fille qui n’est pas, c’est sûr et certain, la victime du bois, que lui voulait-elle à ce pauv’ diable en T-shirt blanc ?
La patronne du Nemrod, ça lui avait pas échappé le p’tit manège de la
demoiselle, dehors. Ni ce vent mauvais qui l’éparpillait à intervalles réguliers et rapprochés, et la ramenait chaque fois sur elle-même, comme un p’tit tas de feuilles mortes. Ah ! Au
dernier coup de bourrasque, comment qu’elle a rappliqué ici, puis s’est jeté en avant à peine entrée jusqu’au télescopage inévitable. Lui, sur le coup, il a râlé qu’elle pouvait pas faire
attention… et… ha ha ha …. sa peau de chamois en l’air, la Mémène cligne soudain des yeux, comme si elle avait la berlue. L’air froid du dehors s’engouffre brusquement dans la salle… Un souffle
négatif baigne de partout. On se croirait dedans jusqu’au cou… ça ressemble à une espèce de mirage, mais c’en est pas un du tout. Et alors là…
A suivre...
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